Sécurité de l’imprimante multifonction : l’angle mort des audits

sécurité imprimante multifonction
L'essentiel à retenir
  • Toute multifonction connectée appartient aux actifs informatiques à protéger, au même titre qu’un serveur ou un poste.
  • Chiffrement AES, effacement après travail, filtrage IP et authentification : quatre réglages transforment le risque en machine maîtrisée.
  • Hors inventaire NIS2, le parc d’impression devient une faille de conformité exposant le dirigeant à sanction.

Les serveurs, postes de travail et pare-feu sont toujours les premiers audités lors d’un contrôle de sécurité. L'imprimante multifonction passe entre les mailles. Pourtant elle embarque un système d'exploitation, un disque dur, une carte réseau et stocke des documents sensibles. Côté sécurité, c'est un endpoint comme un autre.

La directive NIS2 élargit le périmètre des audits. Elle impose une cartographie complète des actifs connectés à 15 000 à 18 000 entités françaises. La sécurité de l'imprimante multifonction quitte le statut de détail technique pour entrer dans le champ de la conformité. Reste à savoir ce qui la protège vraiment, et ce qui en fait une porte d'entrée.

Une imprimante multifonction est un ordinateur en réseau

Une multifonction professionnelle est un ordinateur dédié à l’impression. Elle exécute un système d’exploitation, gère des connexions réseau et conserve des données. À ce titre, elle relève du même régime de sécurité qu’un poste ou un serveur.

Un OS, un disque dur, une carte réseau

Sous le capot d’une bizhub Konica Minolta ou d’un modèle équivalent, on trouve les composants d’un endpoint complet. Un système d’exploitation embarqué, souvent dérivé de Linux. Un disque dur ou un SSD qui stocke les travaux d’impression, de copie et de numérisation. Une pile réseau avec ses ports et ses services. Par défaut, le disque interne conserve des données liées à l’activité de l’appareil : journaux, métadonnées de connexion, fichiers temporaires, tant qu’aucune politique d’effacement n’est appliquée. C’est le premier écart avec la perception courante : l’appareil ne se contente pas de transmettre, il journalise.

Pourquoi elle échappe au périmètre d'audit

L’imprimante sort des audits parce qu’elle est rangée du côté du mobilier de bureau, pas de l’informatique. Le réflexe RSSI couvre les serveurs, les postes, les pare-feu, parfois les téléphones. Le parc d’impression, lui, reste géré comme un consommable, suivi au compteur de pages. Des machines connectées au réseau, jamais inventoriées dans l’analyse de risque. L’édition 2024 du Print Security Landscape de Quocirca classe d’ailleurs seulement 14 % des organisations françaises parmi les « leaders » de la sécurité d’impression : le taux le plus faible des pays étudiés. L’angle mort tient moins à la technique qu’à l’organisation.

Ce que voit un attaquant face à un système d’impression multifonction

Selon le Print Security Landscape 2025 de Quocirca, 56 % des organisations ont subi au moins une fuite de données liée à l’impression sur douze mois. Pour un attaquant, une multifonction mal configurée est une cible accessible et discrète.

Ports ouverts et flux de numérisation

La surface d’attaque commence par les services réseau exposés. Une multifonction ouvre des ports pour l’impression, l’administration web, parfois le FTP ou SNMP en version ancienne. Les fonctions scan-to-mail et scan-to-folder transportent des documents vers des boîtes et des répertoires partagés ; mal paramétrées, elles laissent fuir des identifiants ou exposent des dossiers entiers. Un scan d’une plage d’adresses suffit souvent à repérer une console d’administration laissée avec son mot de passe d’usine.

Données résiduelles et firmware non corrigé

Le second front, ce sont les données qui restent et le code qui vieillit. Chaque numérisation, chaque impression peut laisser une trace sur le disque. Sans effacement, ces fichiers s’accumulent et survivent au départ de la machine — un point dur lors du renouvellement du parc ou de la revente. Le firmware pose le même problème : rarement mis à jour, il embarque des vulnérabilités connues, corrigées ailleurs depuis longtemps. Une multifonction de 2019 jamais patchée tourne encore avec les failles de 2019.

Trois fonctions qui sécurisent le parc d'impression

Trois mécanismes font basculer une multifonction du côté sûr : le chiffrement du disque, le filtrage des accès réseau et l’effacement des données après traitement. Ils existent sur les machines professionnelles ; encore faut-il les activer.

Chiffrement du disque et effacement automatique

Le chiffrement AES du disque dur rend les données illisibles sans la clé de l’appareil. Si quelqu’un extrait le disque d’une bizhub, il récupère du bruit, pas des bulletins de paie.

L'effacement automatique complète le dispositif

La machine écrase les données de chaque travail dès qu’il est terminé, par réécriture du secteur concerné. Sur les modèles Konica Minolta, ces deux fonctions s’appuient sur des certifications Common Criteria (ISO/IEC 15408), le référentiel international d’évaluation de la sécurité des produits. Activées par défaut, elles ferment le risque des données résiduelles.

Filtrage IP et authentification des utilisateurs

Le filtrage IP limite le dialogue de la machine aux adresses autorisées : seuls les postes et serveurs déclarés joignent l’imprimante, le reste du réseau est tenu à distance. L’authentification utilisateur, par badge, code ou annuaire, conditionne chaque impression et chaque numérisation à une identité. Un document ne sort du bac qu’une fois l’agent présent devant la machine — fini les pages oubliées sur le plateau. Couplés, ces deux contrôles ferment l’accès anonyme et tracent qui fait quoi. C’est la base de la journalisation attendue par NIS2.

Où le parc d'impression entre dans la conformité NIS2

NIS2 ne cite nulle part l’imprimante. Mais elle impose des obligations qui l’incluent mécaniquement, dès lors qu’elle est raccordée au système d’information.

Cartographie des actifs et analyse de risque

NIS2 demande un inventaire complet des actifs et une analyse de risque sur l’ensemble du système d’information. Une multifonction connectée entre dans cet inventaire au même titre qu’un serveur. La directive devait être transposée avant le 17 octobre 2024 ; en France, la loi de transposition — dite loi Résilience — est attendue à l’été 2026. Dans l’intervalle, l’ANSSI a publié le 17 mars 2026 le Référentiel Cyber France (ReCyF), qui détaille les mesures à mettre en œuvre. Y intégrer le parc d’impression évite un trou dans la cartographie.

Gestion des accès, journalisation, responsabilité du dirigeant

L’article 21 de NIS2 liste dix mesures, dont la gestion des accès, la journalisation et la sécurité des achats. L’authentification et les journaux d’une multifonction y répondent directement. Nouveauté par rapport à NIS1 : la responsabilité personnelle des dirigeants en cas de manquement grave, avec des sanctions jusqu’à 10 M€ ou 2 % du chiffre d’affaires mondial pour les entités essentielles, 7 M€ ou 1,4 % pour les entités importantes. Laisser une imprimante hors périmètre cesse d’être un détail d’exploitation : c’est une zone de risque juridique.

Réintégrer l'impression dans le périmètre d'audit

Remettre l’impression dans l’audit ne demande pas un projet à part. Quatre gestes suffisent à fermer l’angle mort.

Inventorier et verrouiller la configuration par défaut

Premier geste : inventorier le parc. Modèle, adresse IP, version de firmware, fonctions activées, pour chaque machine. Sans cette liste, aucune analyse de risque ne tient. Deuxième geste : reprendre la configuration. Mots de passe d’usine remplacés, services inutiles coupés (FTP, SNMP v1), chiffrement et effacement activés, filtrage IP en place. Beaucoup de multifonctions arrivent verrouillables, mais livrées ouvertes — le paramétrage sécurisé par défaut reste à faire à l’installation.

Patcher le firmware et superviser dans la durée

Troisième geste : tenir le firmware à jour, comme pour n’importe quel équipement réseau. Un cycle de mise à jour planifié vaut mieux qu’une intervention après incident. Quatrième geste : superviser. Une multifonction bien configurée le 1er janvier peut dériver en six mois, au gré des changements de réseau et des nouveaux usages. Un service de supervision du parc — que proposent les opérateurs de print management comme Konica Minolta — maintient le niveau dans le temps. La sécurité de l’imprimante multifonction tient moins d’un réglage que d’un suivi.

La sécurité de l’imprimante multifonction ne réclame pas de technologie nouvelle. Les fonctions existent, les certifications aussi. Ce qui manque, c’est l’inscription de ces machines dans la liste des actifs à protéger. NIS2 va forcer l’arbitrage : audits ciblés de l’ANSSI annoncés à partir de 2026-2027, sanctions à compter de 2027. La vraie question n’est plus de savoir si l’imprimante est un endpoint, mais combien il en reste, hors radar, sur le réseau.

Sources citées

  1. Quocirca, Print Security Landscape 2025 (56 % des organisations touchées par une fuite liée à l’impression)
  2. Quocirca, Print Security Landscape 2024 (14 % de « leaders » en France)
  3. ANSSI / cyber.gouv.fr — directive NIS2 et Référentiel Cyber France (ReCyF, 17 mars 2026)
  4. Directive (UE) 2022/2555 (NIS2), article 21
FAQ - Sécurité imprimante multifonction
Une imprimante est-elle vraiment concernée par NIS2 ?

Oui, dès qu’elle est raccordée au système d’information d’une entité essentielle ou importante. NIS2 ne nomme aucun équipement précis : elle vise tous les actifs connectés à inventorier et à protéger. Une multifonction réseau entre donc dans le périmètre, au même titre qu’un serveur ou un poste de travail.

Comment savoir si mes multifonctions stockent des données sensibles ?

Vérifiez la présence d’un disque dur ou d’un SSD dans la fiche technique : la plupart des modèles professionnels en embarquent un. Tant que l’effacement automatique n’est pas activé, les travaux d’impression et de numérisation y restent enregistrés. La console d’administration indique l’état de cette fonction et permet de l’activer.

Le chiffrement du disque suffit-il à sécuriser une imprimante multifonction ?

Non. Le chiffrement protège les données stockées, mais laisse ouverts les accès réseau et l’administration. Une protection complète combine chiffrement, effacement après travail, filtrage IP et authentification utilisateur. Sans contrôle des accès, une machine chiffrée reste joignable et pilotable par n’importe quel poste du réseau.

Combien coûte la sécurisation d'un parc d'impression ?

L’essentiel des fonctions de sécurité est déjà présent sur les multifonctions professionnelles : leur activation ne coûte que du temps de paramétrage. Le budget porte surtout sur la supervision dans la durée et la mise à jour du firmware. Un contrat de print management mutualise ces tâches sur l’ensemble du parc

Qui est responsable en cas de fuite de données via une imprimante ?

L’entité, et désormais ses dirigeants. NIS2 introduit une responsabilité personnelle des dirigeants en cas de manquement grave, nouveauté par rapport à NIS1. Une fuite passant par une multifonction laissée hors périmètre relève de ce cadre. Le dirigeant ne peut plus traiter le parc d’impression comme un sujet purement technique délégué sans contrôle.

13 septembre 2026