Cybersécurité des établissements de santé : la priorité sans stratégie

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L'essentiel à retenir
  • La conviction précède de loin l’organisation : l’urgence cyber est partagée, sa traduction en procédures écrites beaucoup moins.
  • Le manque de compétences et de bras pèse davantage que la technologie dans le retard de préparation des hôpitaux.
  • NIS2, CaRE et certification HDS font basculer la cyberprotection du registre technique vers celui de la gouvernance et du budget.

La cybersécurité des établissements de santé est devenue la priorité numéro un pour 2026. Sur ce point, les responsables interrogés ne se divisent pas : 68 % la placent en tête de leurs urgences informatiques. Reste un angle mort. Plus des deux tiers n'ont aucune stratégie cyber formalisée.

Ce décalage entre la conscience du risque et la capacité à le traiter résume la position du secteur. L’étude Quorum, Konica Minolta Santé et Numérique 2025, mené auprès de 500 professionnels du soin, en mesure l'ampleur. La cyberprotection est passée du bureau du DSI à celui de la direction.

Cybersécurité des établissements de santé : la priorité sans stratégie

8 % des établissements placent la cybersécurité en tête de leurs priorités informatiques pour 2026, devant tout autre chantier numérique. Dans le même temps, 69 % déclarent ne pas disposer d’une stratégie cyber formalisée. La hiérarchie des urgences est nette dans les têtes ; elle ne l’est pas sur le papier.

La sécurisation des accès concentre l’attention : 68 % des répondants en font une priorité, loin devant le déploiement de nouvelles solutions (48 %) et la formation des équipes (45 %). Les établissements savent par où commencer. Inscrire ces gestes dans un cadre durable, c’est une autre affaire.

Sans stratégie écrite, la réponse reste réactive : on corrige après l’incident, faute d’avoir documenté en amont la manière de l’anticiper et d’y répondre. Les 31 % d’établissements dotés d’un cadre structuré disent l’écart à combler. Rien de surprenant dans un secteur sous tension. L’angle mort n’en est pas moins là.

Cartographie des menaces propres au secteur santé

Le piratage de données arrive en tête des craintes : 66 % des professionnels le citent comme la menace principale. Viennent ensuite les rançongiciels (ransomwares), redoutés par 59 % des répondants, ceux-là mêmes qui ont paralysé Corbeil-Essonnes, Versailles ou Armentières pendant des semaines.

Le profil de risque du secteur combine plusieurs vecteurs :

  • Piratage et vol-diffusion de données : 66 % et 43 %, des informations revendues sur les marchés parallèles.
  • Rançongiciels : 59 %, avec bascule en mode dégradé et retour au papier.
  • Arrêt temporaire d’activité : 40 %, soit l’interruption directe des soins.
  • Conformité RGPD : 45 %, sujet sensible vu la nature des données manipulées.

Un dossier patient ne se révoque pas comme un numéro de carte bancaire. Cette valeur durable explique l’acharnement des attaquants : l’ANSSI classe la santé parmi les secteurs les plus exposés aux cyberattaques du pays. La menace est connue. Sa cartographie, elle, reste rarement formalisée.

L'erreur humaine, l'angle mort persistant

Les erreurs humaines préoccupent 38 % des professionnels. Le chiffre paraît modeste à côté des 66 % du piratage de données. Il sous-estime le rôle réel du facteur humain : un clic sur une pièce jointe piégée, un mot de passe réutilisé, une session laissée ouverte ouvrent la majorité des brèches.

Le secteur hospitalier cumule les facteurs aggravants. Rotation des équipes, intérim, postes partagés, urgence permanente : autant de conditions qui relâchent la vigilance. Un soignant concentré sur une prise en charge n’a pas la cyberhygiène en tête.

La sensibilisation reste sous-dotée. À 45 %, la formation des équipes passe derrière la sécurisation des accès (68 %) et le déploiement de solutions (48 %), deux priorités techniques. Or aucun pare-feu ne compense un personnel non formé. Le programme CaRE en a fait l’un de ses axes. Reste à faire descendre le message jusqu’au poste de travail, ce qui prend du temps.

Pourquoi la préparation ne suit pas la prise de conscience

Le manque de moyens explique l’essentiel du retard. 51 % des établissements estiment ne pas disposer des ressources nécessaires pour mener leurs priorités numériques ; 7 % seulement jugent les avoir « tout à fait ». L’intention existe, le carburant manque.

Le détail des carences est instructif : 54 % pointent un déficit de compétences et d’implication du personnel, 48 % une enveloppe budgétaire trop courte, 44 % un manque de bras. Les financements du Ségur du numérique ont amorcé des projets, sans lever durablement la contrainte.

S’ajoute la surcharge opérationnelle. Les équipes informatiques hospitalières tournent au plus serré, happées par les tickets, la maintenance, les astreintes, la continuité de service. Bâtir une stratégie cyber suppose de sortir la tête de l’eau. Quand le système déjà en place réclame toute l’attention, peu d’établissements en ont aujourd’hui la marge.

La continuité des soins, nouvel enjeu de la cyber

Le plan de reprise d’activité est devenu la première source de stress des professionnels : 44 % le citent, devant la gestion documentaire (39 %) et la sécurisation des accès distants (35 %). Les équipes redoutent surtout l’arrêt des prises en charge qu’une attaque provoque.

Une attaque qui bloque le système d’information hospitalier renvoie les services au papier et désorganise les urgences, parfois pour plusieurs semaines. La cybersécurité a rejoint la liste des fonctions vitales de l’hôpital, au même rang que l’approvisionnement en médicaments ou la maintenance biomédicale.

Les pouvoirs publics ont pris la mesure du sujet. Le deuxième volet du programme CaRE, ouvert en juillet 2025, finance la formalisation et le test des plans de continuité et de reprise d’activité. Disposer d’un PRA ne suffit pas : encore faut-il l’avoir éprouvé en conditions réelles. Peu d’établissements l’ont fait.

Structurer une réponse : du réactif au cadre formalisé

Passer du réactif au cadre formalisé repose sur deux piliers : un plan de reprise réellement testé et une gouvernance cyber clairement identifiée. Le reste se joue dans le choix des prestataires. La sécurité est d’ailleurs le premier critère de sélection d’un partenaire informatique pour 70 % des établissements, devant la confiance (61 %) et le prix, relégué au quatrième rang (52 %).

Ce critère se traduit en exigences vérifiables. La certification HDS conditionne l’hébergement des données de santé chez un tiers. La directive NIS2 classe les établissements publics de santé parmi les entités essentielles. Sa transposition française tarde — le projet de loi Résilience, voté au Sénat en mars 2025, n’est toujours pas adopté par l’Assemblée nationale — mais, une fois en vigueur, analyse de risques, PRA et notification d’incident sous 24 heures deviendront des obligations contrôlées.

Les établissements n’avancent pas seuls. Le programme CaRE, le CERT Santé et les centres régionaux apportent financements, kits d’exercice de crise et appui en cas d’attaque. La protection des données de santé cesse d’être une affaire purement technique : elle devient un objet de gouvernance, inscrit au budget et porté par la direction. Le cadre existe. L’appliquer reste l’étape la plus rugueuse.

La prise de conscience est acquise. Les établissements savent ce qu’ils risquent, du rançongiciel à NIS2. Le prochain chantier est celui de la formalisation, sous contrainte de moyens. La question, pour 2026, n’est plus de savoir si la cybersécurité des établissements de santé est une priorité. Elle est de savoir lesquels franchiront le pas des 31 % dotés d’une stratégie écrite, et à quel rythme.

FAQ - Cybersécurité établissements de santé
Pourquoi la cybersécurité est-elle la priorité des établissements de santé en 2026 ?

Parce que les hôpitaux figurent parmi les cibles les plus attaquées en France et que chaque intrusion menace directement les soins. 68 % des établissements la placent en tête de leurs priorités informatiques pour 2026. La multiplication des attaques contre les hôpitaux publics et le déploiement du programme national CaRE ont accéléré cette bascule.

Qu'est-ce qu'une stratégie cyber formalisée pour un hôpital ?

C’est un document de gouvernance qui définit à l’avance comment l’établissement anticipe et traite un incident : périmètre des risques, responsabilités, plan de reprise, procédures de notification. Elle remplace la réponse au coup par coup. Sept établissements de santé sur dix n’en disposent pas encore, alors même qu’ils jugent l’enjeu prioritaire.

Les cliniques privées sont-elles aussi exposées que les hôpitaux publics ?

Oui. Si les attaques médiatisées visent surtout les hôpitaux publics, les cliniques privées, EHPAD et centres spécialisés manipulent les mêmes données sensibles, souvent avec une maturité cyber inégale. La directive NIS2 range d’ailleurs une large part de ces structures parmi les entités essentielles ou importantes, selon leur taille et leur activité.

Comment financer la cybersécurité dans un établissement de santé ?

Le programme CaRE, doté de 750 millions d’euros jusqu’en 2027, finance des projets cyber : remédiation technique, exercices de crise, plans de continuité et de reprise d’activité. Les établissements éligibles candidatent aux appels à financement, coordonnés en région par les agences régionales de santé. Ces aides complètent les enveloppes du Ségur du numérique, sans toujours couvrir le déficit de compétences.

La certification HDS est-elle obligatoire pour les établissements de santé ?

Pas pour l’établissement qui héberge lui-même ses données en interne. Mais dès qu’il confie cet hébergement à un prestataire, ce tiers doit être certifié HDS, conformément à l’article L.1111-8 du Code de la santé publique. Valable trois ans, cette certification est devenue un critère d’achat systématique pour les DSI hospitaliers.

Sources citées

  1. Baromètre Quorum – Konica Minolta Santé et Numérique 2025, enquête de l’Institut Quorum auprès de 500 professionnels du secteur santé (29 septembre – 31 octobre 2025) — source des données chiffrées de l’article.
  2. Agence du Numérique en Santé / CERT Santé — Programme CaRE et état de la menace cyber en santé : https://esante.gouv.fr/strategie-nationale/cybersecurite
  3. Ministère de la Santé — Présentation du programme CaRE : https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/presentation-du-plan-care-proteger-les-etablissements-de-sante-face-a-la-menace
  4. Agence du Numérique en Santé — Certification HDS (hébergement de données de santé) : https://esante.gouv.fr/produits-services/hds
  5. ANSSI — Directive NIS 2 : https://cyber.gouv.fr/reglementation/cybersecurite-systemes-dinformation/directives-nis-nis2-et-dispositif-saiv/directive-nis-2/

11 octobre 2026