L'impression de documents représente un poste significatif dans l'empreinte environnementale des entreprises. Consommation de papier, cartouches de toner, énergie électrique : le modèle linéaire traditionnel — produire, utiliser, jeter — atteint ses limites face aux exigences réglementaires et aux objectifs de décarbonation. Face à ces enjeux, l'économie circulaire s'impose comme une réponse structurante, bien au-delà du simple recyclage.
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Un impératif réglementaire structurant
La loi AGEC et le principe de responsabilité élargie du producteur (REP) imposent transparence, recyclabilité, réparabilité et traçabilité des équipements d’impression. Ces exigences conditionnent désormais l’accès à certains marchés, le reporting RSE et la conformité aux référentiels environnementaux (ISO 14001, EMAS). -
L’économie circulaire dépasse le simple recyclage
Elle repose sur des piliers complémentaires : éco-conception des équipements, allongement de leur durée de vie, reconditionnement, et modèles orientés usage plutôt que possession. L’objectif est de réduire l’extraction de ressources et l’empreinte carbone globale du parc d’impression. -
Le reconditionnement et les services d’impression gérés changent l’équation économique
Les équipements reconditionnés offrent un coût d’acquisition inférieur et une empreinte carbone fortement réduite. Les Managed Print Services déplacent la responsabilité de la performance environnementale vers le prestataire, tout en améliorant la visibilité budgétaire des entreprises. -
Les usages internes restent un levier décisif
Paramétrage par défaut, impression sécurisée, suivi des consommations et sensibilisation des collaborateurs permettent de réduire significativement papier, consommables et énergie, sans dégrader la productivité.
Un cadre réglementaire qui accélère la transition
La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC), promulguée le 10 février 2020, redéfinit les obligations des producteurs et importateurs de matériels d’impression. Ainsi, depuis janvier 2023, les entreprises sont dans l’obligation d’informer les consommateurs sur la recyclabilité, la durabilité et la réparabilité de leurs équipements. Le principe de responsabilité élargie du producteur (REP) impose également de mettre en place de filières de collecte et de traitement des déchets.
Pour les directions achats et RSE, ces évolutions ne constituent plus une option. Elles conditionnent l’accès à certains marchés publics, influencent le reporting extra-financier et déterminent la conformité à la norme ISO 14001 qui régit le système de management environnemental (SME), ainsi qu’au règlement européen EMAS. Le secteur de l’impression, générateur de volumes de déchets non négligeables, se trouve en première ligne de ces évolutions.
L'éco-conception : prolonger la durée de vie des équipements
Premier pilier de l’économie circulaire appliquée à l’impression : la conception de machines aussi durables que possible. Cette approche repose sur deux principaux leviers techniques :
- La longévité des composants qui permet de retarder le remplacement des équipements.
- L’intégration de matériaux recyclés — plastiques post-consommation notamment — pour réduire la dépendance aux ressources vierges.
Les modes de veille automatique et les fonctions d’économie d’énergie complètent ce dispositif. Pour un parc d’imprimantes de taille moyenne, ces optimisations peuvent représenter des économies substantielles sur la facture énergétique annuelle.
Reconditionnement : la seconde vie des équipements
Second pilier : le reconditionnement des imprimantes professionnelles qui représente un levier économique et environnemental appelé à prendre une importance toujours plus grandissante.
Un processus de reconditionnement repose sur plusieurs étapes qui visent à redonner à l’appareil usagé le même niveau de performance que le neuf :
- le démontage complet,
- la révision des composants mécaniques,
- le remplacement des pièces d’usure,
- la mise à jour logicielle.
Un équipement reconditionné bénéficie également d’un niveau de garantie adaptée.
Pour les directions achats, l’intérêt est double :
- non seulement le coût d’acquisition d’une machine reconditionnée s’établit généralement en dessous du prix du neuf,
- mais en plus l’empreinte carbone de production est drastiquement réduite.
Cette filière suppose toutefois une organisation rigoureuse : traçabilité des équipements collectés, contrôle qualité systématique, transparence sur l’origine et l’état des machines.
Les entreprises qui s’engagent dans cette voie doivent donc s’assurer de la fiabilité de leurs fournisseurs.
L'économie de la fonctionnalité : l'usage plutôt que la possession
Troisième pilier : passer de la vente d’un équipement à la vente d’un service.
Les contrats de services d’impression gérés (Managed Print Services) permettent aux entreprises de payer pour un usage — un nombre de pages imprimées — plutôt que pour un investissement matériel.
Ce modèle transfère la responsabilité de la maintenance, de l’optimisation du parc et de la gestion de fin de vie au prestataire. Il incite ce dernier à maximiser la durabilité des équipements et à rationaliser les consommations. Pour l’entreprise cliente, la visibilité budgétaire s’améliore tandis que l’empreinte environnementale devient mesurable et pilotable.
Optimiser les usages : le rôle décisif de l'entreprise
Face aux enjeux environnementaux, la technologie ne suffit pas. Les comportements des utilisateurs conditionnent eux aussi, et de manière significative, l’impact environnemental de l’entreprise. Plusieurs solutions permettent de rationaliser les impressions sans contraindre l’activité.
- L’impression par badge ou code (Follow-Me Printing) impose à l’utilisateur de se déplacer pour récupérer ses documents. Cette simple friction réduit les impressions abandonnées ou superflues. Les travaux non réclamés sont automatiquement supprimés pour éviter le gaspillage de papier et de toner.
- La définition de paramètres par défaut — impression recto-verso, noir et blanc, mode brouillon pour les documents internes — génère des économies substantielles sans effort quotidien des collaborateurs. L’instauration de quotas d’impression peut compléter ce dispositif pour les organisations confrontées à des volumes excessifs.
- Enfin, la sensibilisation et la formation des équipes restent indispensables. Les études montrent que le simple fait de communiquer les données de consommation aux utilisateurs modifie leurs comportements. Des tableaux de bord accessibles, présentant l’impact écologique des impressions, constituent un outil de pilotage efficace.
Choisir un partenaire engagé
La mise en œuvre d’une stratégie d’impression circulaire suppose de s’appuyer sur des fournisseurs capables d’accompagner l’ensemble du cycle de vie des équipements. Les critères de sélection incluent la disponibilité d’offres reconditionnées, l’existence de filières de collecte et de remanufacturing, les certifications environnementales (ISO 14001, Imprim’Vert, EMAS) et la capacité à fournir des indicateurs de performance RSE.
Les acteurs du secteur qui ont intégré ces enjeux proposent des solutions globales : diagnostic du parc existant, recommandations d’optimisation, services de gestion, et accompagnement vers des pratiques plus durables. Cette expertise devient un avantage concurrentiel pour les entreprises clientes, confrontées à des exigences croissantes de reporting et de conformité.
L’économie circulaire appliquée à l’impression ne relève plus de l’engagement volontaire. Elle constitue désormais un impératif réglementaire, un levier de réduction des coûts et un facteur de différenciation. Les entreprises qui tardent à structurer leur approche s’exposent à des risques de non-conformité et à une perte de compétitivité. Celles qui s’engagent dès maintenant transforment une contrainte en opportunité.
Sources
- Quocirca, « Global Print 2025 – The IT and Office Worker Print and Digital Divide », 2019
- Légifrance, Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (Loi AGEC)
- Ministère de la Transition écologique, « La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire«
- Quocirca, « Sustainability Trends Report 2023-2025«
- Norme ISO 14001 – Systèmes de management environnemental
- Règlement EMAS (Eco-Management and Audit Scheme) – Commission européenne
- Norme EN 12281 – Papier d’impression et de bureau pour utilisation bureautique
Parce qu’elle combine plusieurs sources d’impact environnemental : consommation de papier, d’énergie, de consommables et production de déchets. À volume égal, une stratégie d’impression mal pilotée peut peser lourdement sur le bilan carbone et le reporting RSE.
Informer sur la durabilité et la réparabilité des équipements, organiser ou contribuer à des filières de collecte et de traitement des déchets, et intégrer ces critères dans les décisions d’achat. Ces obligations influencent directement les audits et appels d’offres.
Oui, à condition que la filière soit structurée. Un reconditionnement sérieux inclut démontage, remplacement des pièces d’usure, mise à jour logicielle, contrôle qualité et garantie. Les performances sont équivalentes pour de nombreux usages professionnels.
Par un diagnostic du parc et des usages, suivi de mesures simples : recto-verso par défaut, impression sécurisée, rationalisation du nombre de machines et pilotage via des indicateurs clairs. Ces actions génèrent des gains rapides, mesurables et peu contraignants.