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Reporting CSRD 2026 : comment collecter la donnée carbone de votre parc IT ?

CSRD 2026
L'essentiel à retenir
  • La directive Omnibus de février 2026 restreint la CSRD aux entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires, mais l’effet de cascade via le standard VSME impose aux PME et ETI de structurer leurs données ESG.
  • Le parc IT représente un gisement d’émissions souvent sous-estimé : la consommation électrique des équipements relève du Scope 2, la fabrication et la fin de vie des matériels du Scope 3.
  • Les estimations forfaitaires ne suffisent plus : les donneurs d’ordres soumis à la CSRD exigent des données carbone traçables, appuyées sur des facteurs d’émission certifiés.
  • Une démarche en cinq étapes — cartographie, mesure, conversion, centralisation, indicateurs — permet de transformer le parc informatique en périmètre de pilotage environnemental.

La directive Omnibus, publiée au Journal officiel de l'UE le 26 février 2026, a profondément remanié le périmètre de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Si les PME cotées en sont désormais exclues, l'effet de cascade sur les chaînes de valeur maintient la pression sur toutes les entreprises. Le parc informatique — serveurs, imprimantes, postes de travail — reste un angle mort fréquent du bilan carbone. Voici comment structurer la collecte pour produire une donnée fiable, traçable et exploitable.

CSRD 2026 : un cadre remanié, des exigences intactes

Un périmètre en évolution

La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), adoptée en décembre 2022, visait à étendre le reporting extra-financier à environ 50 000 entreprises. La directive Omnibus (UE) 2026/470, entrée en vigueur le 18 mars 2026, a réduit ce périmètre :

  • seules les entreprises dépassant à la fois 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net sont soumises au reporting obligatoire.
  • Les PME cotées en sont définitivement exclues. Environ 80 % des entreprises initialement concernées sortent du dispositif.
  • Le nombre de points de données ESRS obligatoires passe de 1 073 à environ 320.

Maintien des fondamentaux

Pour autant, les exigences fondamentales demeurent :

  • double matérialité,
  • audit par un tiers,
  • intégration au rapport de gestion.

Et surtout, un mécanisme de cascade redéfinit les obligations indirectes. La directive interdit aux grandes entreprises soumises à la CSRD d’exiger de leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés des informations allant au-delà du standard VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs). Ce référentiel, publié par l’EFRAG en décembre 2024 et dont l’adoption formelle par la Commission est prévue d’ici juillet 2026, devient le cadre de référence pour les PME et ETI.

En pratique, toute entreprise intégrée à la chaîne de valeur d’un donneur d’ordres soumis à la CSRD devra fournir des données de durabilité structurées. La donnée carbone du parc IT fait partie de ce périmètre.

Pourquoi le parc IT devient un enjeu stratégique du reporting carbone ?

Le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone nationale française, soit 29,5 Mt CO₂ équivalent — un niveau comparable aux émissions du secteur des poids lourds, selon l’avis de l’ADEME publié en janvier 2025. Les terminaux (ordinateurs, écrans, smartphones) concentrent 50 % de cette empreinte, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %.

Pour une PME ou une ETI, le parc IT génère des émissions sur deux périmètres distincts.

  • Le Scope 2, défini par le GHG Protocol, couvre les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité achetée. Serveurs, imprimantes multifonctions, postes de travail : tous ces équipements consomment de l’énergie dont l’impact carbone dépend du mix électrique local.
  • Le Scope 3 englobe les émissions en amont et en aval de la chaîne de valeur : fabrication des équipements, transport, fin de vie. L’ADEME souligne que la phase de fabrication concentre à elle seule 60 % de l’empreinte carbone du numérique, contre 40 % pour la phase d’utilisation.

Or, dans la plupart des organisations, ces données restent estimées à partir de moyennes sectorielles. Elles ne reflètent ni la réalité du parc, ni les usages effectifs. Le module de base du standard VSME demande a minima la consommation énergétique et les émissions de CO₂ directes — des données que le parc IT peut fournir, à condition d’en structurer la collecte.

Les angles morts : impressions et serveurs

Deux postes concentrent l’essentiel des difficultés de mesure dans un parc IT d’entreprise.

  • Les systèmes d’impression constituent un périmètre sous-estimé. La consommation électrique d’un parc d’imprimantes multifonctions s’additionne à celle du papier utilisé et des consommables (toners, cartouches). Ces trois composantes relèvent de scopes différents et nécessitent des sources de données distinctes. Sans outil de suivi centralisé, les volumes réels d’impression restent souvent inconnus.
  • Les serveurs posent un autre défi, en particulier dans les architectures hybrides. Un serveur on-premise génère des émissions Scope 2 mesurables via un compteur électrique dédié. Mais lorsqu’une partie de l’infrastructure est dans le cloud, les émissions dépendent du fournisseur, de la localisation du centre de données et du mix énergétique associé. Selon le rapport « Energy and AI » de l’AIE (avril 2025), la consommation électrique mondiale des centres de données atteignait environ 415 TWh en 2024, soit 1,5 % de la consommation électrique mondiale, avec une projection de doublement d’ici 2030.

La difficulté ne réside pas dans l’absence de données mais dans leur dispersion : factures énergétiques, logs serveurs, données constructeur, contrats cloud. Les consolider dans un format exploitable constitue le véritable enjeu.

Pourquoi la donnée certifiée devient déterminante ?

Un enjeu de crédibilité

Que l’entreprise soit directement soumise à la CSRD ou qu’elle réponde à la demande d’un donneur d’ordres via le standard VSME, la qualité de la donnée carbone conditionne sa crédibilité. La norme ESRS E1, dédiée au changement climatique, structure les exigences de reporting sur les émissions de gaz à effet de serre pour les entreprises soumises au reporting obligatoire. Elle demande de déclarer les émissions Scope 1, 2 et 3, d’expliquer la méthodologie de calcul et de préciser les facteurs d’émission utilisés.

Assurer la traçabilité

Les facteurs d’émission constituent un élément critique. Utiliser un facteur générique pour estimer la consommation électrique d’un serveur ne suffit pas si le donneur d’ordres — ou son auditeur — exige de connaître la source, la date de mise à jour et la cohérence avec le périmètre déclaré. Les bases de référence reconnues, comme la Base Carbone de l’ADEME en France, fournissent des facteurs documentés, mis à jour et traçables. Selon le GHG Protocol Scope 2 Guidance, les entreprises doivent distinguer deux méthodes de calcul : la méthode « location-based » (facteur d’émission moyen du réseau) et la méthode « market-based » (facteur lié au contrat d’approvisionnement).

Pour les DSI et les responsables RSE, cela implique de documenter non seulement le résultat du calcul, mais l’ensemble de la chaîne de traitement : source de la donnée d’activité, facteur d’émission appliqué, périmètre couvert, date de collecte.

Digitalisation et automatisation : vers un reporting en continu

Limiter les risques d’erreur

Le reporting environnemental traditionnel fonctionne sur un cycle annuel. La collecte mobilise des équipes pendant plusieurs semaines, souvent à partir de tableurs consolidés manuellement. Ce mode opératoire génère des risques d’erreur, des incohérences entre sites et des délais incompatibles avec les attentes des donneurs d’ordres.

Pilotage en temps réel

La digitalisation du reporting permet de passer d’une logique déclarative à un pilotage mensuel, voire en temps réel. Les outils de gestion de parc IT (fleet management) et les plateformes de monitoring énergétique peuvent fournir des données de consommation exploitables directement. Les solutions d’impression managée, par exemple, enregistrent en continu le nombre de pages imprimées, la consommation électrique par appareil et les volumes de consommables utilisés.

Favoriser l’automatisation

L’automatisation réduit aussi le risque humain. Un flux de données structuré, horodaté et archivé constitue une piste d’audit plus robuste qu’un fichier Excel transmis une fois par an. Pour les PME et ETI qui anticipent les exigences du standard VSME, investir dans des outils capables de produire des données normées et traçables représente un gain de crédibilité autant que d’efficacité.

Méthodologie : cinq étapes pour mesurer l'empreinte carbone de votre parc IT

Étape 1 — Cartographier le parc. Recenser l’ensemble des équipements IT : postes de travail, écrans, imprimantes, serveurs, équipements réseau. Pour chaque actif, documenter la localisation, le modèle, l’année de mise en service et le niveau d’utilisation réel. Cette cartographie constitue le socle du périmètre de reporting.

Étape 2 — Collecter la consommation énergétique réelle. Remplacer les estimations par des données mesurées. Pour les serveurs on-premise, exploiter les relevés de compteurs électriques dédiés ou les logs de consommation des équipements. Pour les imprimantes, utiliser les données remontées par les outils de gestion de flotte. Pour le cloud, solliciter auprès des fournisseurs les rapports de consommation énergétique par client.

Étape 3 — Convertir en émissions carbone. Appliquer les facteurs d’émission appropriés selon le périmètre. Pour le Scope 2, utiliser le facteur du mix électrique national (Base Carbone ADEME) ou le facteur contractuel du fournisseur d’énergie. Pour le Scope 3, mobiliser les données d’analyse de cycle de vie des équipements fournies par les constructeurs ou les bases de données publiques.

Étape 4 — Centraliser dans un outil de reporting. Regrouper l’ensemble des données dans une plateforme unique permettant l’automatisation des calculs, la traçabilité des sources et l’archivage. La centralisation élimine les doublons et garantit la cohérence entre les périmètres déclarés.

Étape 5 — Produire des indicateurs exploitables. Dépasser le chiffre global d’émissions pour construire des ratios opérationnels : émissions par collaborateur, par page imprimée, par workload serveur. Ces indicateurs permettent d’identifier les leviers de réduction et de piloter une trajectoire de décarbonation concrète.

Conclusion

La CSRD 2026, même remaniée par l’Omnibus, ne réduit pas la pression sur la donnée environnementale. Elle la redistribue. Les grandes entreprises solliciteront leurs fournisseurs via le standard VSME. Le parc IT devient un périmètre mesurable, pilotable et optimisable — à condition d’en structurer la collecte avec méthode, des outils adaptés et des données certifiées.

Sources et liens utiles

FAQ - CSRD 2026
Quelles entreprises sont directement soumises à la CSRD après la directive Omnibus de 2026 ?

Depuis la publication de la directive Omnibus (UE) 2026/470, seules les entreprises dépassant simultanément 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net sont soumises au reporting obligatoire de durabilité. Les PME cotées, initialement prévues dans la troisième vague d’application, en sont définitivement exclues. Les grandes entreprises non cotées (ancienne vague 2) voient leur première obligation reportée à 2028, sur l’exercice 2027. Pour les entreprises sortant du périmètre obligatoire, le standard VSME de l’EFRAG constitue le cadre volontaire de référence pour structurer leurs données ESG, notamment en réponse aux demandes de leurs donneurs d’ordres.

Quelle est la différence entre Scope 2 et Scope 3 pour un parc informatique ?

Dans le référentiel du GHG Protocol, le Scope 2 recouvre les émissions indirectes provenant de l’énergie achetée et consommée par l’entreprise — typiquement, l’électricité qui alimente les serveurs, les imprimantes et les postes de travail. Le Scope 3, plus large, intègre les émissions générées tout au long de la chaîne de valeur : extraction des matières premières, fabrication des composants, transport et traitement en fin de vie. Pour un parc IT, le Scope 3 constitue souvent la part majoritaire de l’empreinte, car la fabrication des équipements numériques concentre environ 60 % des émissions totales du secteur selon l’ADEME.

Pourquoi collecter la donnée carbone IT même sans obligation directe de reporting CSRD ?

La directive Omnibus instaure un mécanisme de « value chain cap » : les grandes entreprises soumises à la CSRD ne peuvent pas exiger de leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés des informations allant au-delà du standard VSME. Mais ce standard inclut précisément des indicateurs de consommation énergétique et d’émissions de CO₂. Les entreprises intégrées à la chaîne de valeur d’un donneur d’ordres auront donc à fournir ces données. Structurer dès maintenant la collecte carbone sur le parc IT permet d’anticiper ces demandes, de fiabiliser les chiffres transmis et de transformer un exercice de conformité en levier d’optimisation.

28 juin 2026