Génération Y ou quand un junior forme un senior

Apprenti n’est pas maître. Et si cela n'était jamais vraiment le cas… Le mentorat inversé tend à se démocratiser au sein des entreprises. Les « Y » aident les dirigeants à se familiariser avec les outils numériques pour ainsi mieux maîtriser les codes de la transformation digitale.

Lorsque Jack Welch, président de GE (General Electric), expérimente dès 1999 le mentorat inversé (reverse mentoring), il le fait intuitivement. Il voulait savoir rapidement comment Internet pourrait lui être utile ainsi qu’à son entreprise. Il se met alors en quête d’un jeune employé intelligent qui lui expliquerait comment fonctionne le Web. 48 heures après, convaincu que ce type de coaching avait du bon, il demande à 500 cadres supérieurs de choisir un jeune mentor qui les rendrait aptes à travailler avec Internet.

Quand les juniors forment les seniors

Le mentorat inversé n’a cessé de gagner en popularité depuis. Pourquoi un tel engouement ? Cela tient tout d’abord au fait que le mentorat inversé fait appel aux ressources qui sont dans l’entreprise. Résultat : c’est simple et peu coûteux. Mais, pour que cela marche il faut se détacher de la pensée hiérarchique conventionnelle. Certains patrons ont du mal à accepter qu’un jeune collaborateur moins expérimenté leur disent comment utiliser Facebook, LinkedIn ou Twitter… D’autres s’inquiètent de la confidentialité de l’information. L’employé subalterne pourrait-il rendre public ses lacunes ? Ces incertitudes peuvent être éliminées au préalable par le biais d’accords. Les mentorés en particulier doivent être bien préparés pour que le projet soit aussi une expérience positive pour leur jeune mentor.

Indicateur : le boss est-il en ligne ?

L’an dernier, le cabinet de conseil britannique Freeformers a listé le nombre de PDG, parmi les 100 sociétés cotées à l’indice boursier Financial Times (FTSE), actifs en ligne. Seuls 14 d’entre eux avaient un compte Twitter à leur propre nom ou en tant que PDG de  l’entreprise ; et 7 de ces comptes étaient régulièrement alimentés par des tweets. Une preuve que les hauts dirigeants sont généralement moins familiers avec les nouveaux outils numériques… C’est pourquoi, Freeformers a développé un service de mentorat inversé proposé par des étudiants de leur réseau pour que les PDG puissent tirer parti des connaissances de ces « Y ».

Un coup de pied pour l'organisation

Autre aspect intéressant, au-delà de l’amélioration des connaissances personnelles et de la courbe d’apprentissage quant à la prise en main des outils numériques : l’effet positif sur l’organisation. Le top management de l’entreprise est brusquement en contact avec l’avenir de celle-ci. A titre d’exemple, la BBC a lancé un projet de mentorat inversé l’automne dernier. Après un constat très simple : 33 ans l’âge moyen de l’auditeur de sa chaîne Radio 1, censée plutôt s’adresser aux jeunes entre 15 et 29 ans. Pourquoi un tel écart ? L’explication tient surtout au fait que la proportion de directeurs de moins de trente ans à la BBC était particulièrement faible. En 2016/17, ce chiffre n’était que de 0,1%. Désormais, toute l’équipe dirigeante est coachée par la génération Y pour apprendre et comprendre ce que les jeunes pensent de nos jours, ce qu’ils aiment et comment ils utilisent différentes formes médiatiques. Finalement, la réinvention de la BBC ne passerait-elle pas par le mentorat inversé…

Le mentorat inversé valorise donc les carrières grâce au partage de savoir-faire et de connaissances. Le fait qu’un « Y » puisse apprendre à un senior donne aussi de nouvelles perspectives en boostant le travail collaboratif et, ce faisant, l’innovation.

Traduction et adaptation de l’article paru sur Jobwizards.com

3 août 2018
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